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Conférence sur les médicaments organisée par la commission Âge d’or de Kienheim le 24 avril 2019

Mise à jour : 29 avril 2019

Source : les Dernières Nouvelles d’Alsace du 27/04/2019 par Eva Knieriemen

" La commission Age d’or de Kienheim a invité mercredi à une conférence sur les médicaments. Christiane Heitz, ancienne doyenne de la faculté de pharmacie de Strasbourg, a informé sur le sujet et mis en garde quant à certains aspects.

« Le médicament ce n’est pas un produit comme les autres », ce constat formait en quelque sorte le fil conducteur de la soirée. L’élaboration d’un médicament nécessite toujours une autorisation de mise sur le marché (AMM), régulièrement réévaluée et révocable. « Il faut soumettre un dossier. Sans compter les recherches en laboratoire, les études cliniques, très encadrées par la législation, durent 10 à 12 ans minimum. Pour la détermination du prix et du taux de remboursement, on perd souvent deux, trois ans supplémentaires ». Le brevet doit également être déposé au bon moment, car le laboratoire n’en pourra tirer profit que pendant 20 ans.

À la fin du brevet qui protège l’invention (le princeps) on fait un générique soumis à un dossier AMM allégé ; « cela représente une énorme économie en recherche et développement ». Dans ce contexte, la spécialiste admet que la France a un énorme retard : les médecins ont appris à prescrire un nom de marque et non pas la dénomination commune internationale (par exemple paracétamol). Et de lancer une autre pique : « ils n’aiment pas qu’on leur fasse pression pour faire des économies ».

La France a servi comme modèle pour l’harmonisation internationale, souligne la conférencière. « On peut seulement développer un médicament s’il est plus efficace ou a moins d’effets secondaires par rapport aux médicaments existants ». La pharmacovigilance publique et industrielle suit le médicament mis sur le marché. Le patient peut également directement transmettre ses observations à un des 31 centres de pharmacovigilance.

En France, les prix de médicaments sont en général plus bas ce qui a des inconvénients, selon la docteure en pharmacie : « il n’y a plus de labo en France, la recherche n’a pas les moyens ». Du coup, les gens seraient aussi tentés de prendre plus de médicaments. Autre aspect, comme on n’avance pas l’argent (sauf si le patient ne veut surtout pas le générique) on ne connaît pas forcément le coût du traitement. La pharmacienne dénonce un autre abus : « certains calculent si leur assurance maladie est rentable. J’ai déjà entendu ça ». Elle s’interroge sur cette différence de raisonnement : « j’ai une assurance auto mais je ne veux surtout pas avoir d’accident ».

La publicité est réglementée en matière de médicaments mais on tombe néanmoins sur des promesses du style « votre arthrose va disparaître du jour au lendemain ». « C’est mensonger, on ne peut que traiter les symptômes d’une arthrose ».

Un médicament peut guérir, prévenir (vaccins, paludisme), aider le diagnostic, diminuer les symptômes. Dans le dernier cas, il faut être conscient qu’on efface un signal – par exemple une douleur aux dents – sans traiter la cause.

Suite à la remarque d’un participant, Christiane Heitz constate : « oui, les Français consomment trop de médicaments. En France, on est entièrement dans une démarche curative et non pas préventive. Ça commence avec les enfants. Il ne faut rien donner à un enfant s’il a un rhume ou jusqu’à 39 °C de fièvre ».

En général, les enfants comme les femmes enceintes font partie des catégories de personnes qui exigent une particulière vigilance par rapport à la prise de médicaments. A éviter des pommades ou huiles chez les tout-petits dont la peau n’est pas mature mais également les anti-inflammatoires chez les femmes enceintes. « A six mois, cela peut déclencher un accouchement ! ». Dans les deux cas, l’auto médication est prohibée.

Quant aux personnes âgées, il faut surtout éviter une prise trop importante de médicaments et le respect de la posologie (« le rein supporte moins »). Il faut toujours signaler ce qu’on prend déjà si on consulte. Une précaution particulière vaut, en général, pour les tranquillisants et somnifères (« ça peut provoquer des chutes »), les anticoagulants, les antidiabétiques, les anti-inflammatoires.

Christiane Heitz a également évoqué l’homéopathie (« je n’ai pas d’avis, je suis trop cartésienne ») et la phytothérapie. Quant à la dernière catégorie, elle a prévenu : attention aux dosages : « il faut arrêter de véhiculer l’idée : si c’est naturel, cela ne peut pas nuire ». Le millepertuis par exemple, « excellent traitement de la dépression, il faut le considérer comme médicament à part entière. Il peut interférer avec d’autres substances ». Une autre mise en garde concerne les médicaments contrefaits (10 % du marché mondial et 50 % en Afrique) proposés sur internet, ce qui est interdit en France hors site officine.

En fin de conférence, elle a également évoqué des sujets très médiatisés comme le Médiator. « Ce médicament a été prescrit à des non diabétiques pour maigrir ; il y a une multiresponsabilité, trop longtemps, on a fermé les yeux ». Au sujet des vaccins, elle a noté : « pour moi, c’est une chance énorme, pour me protéger moi et les autres » en critiquant le dénigrement du vaccin de la rougeole : « et maintenant, on a une recrudescence de cette maladie ». Quant au vaccin contre la grippe, elle a noté qu’il « a quand même 40 à 50 % d’efficacité » alors qu’il n’est développé que 6 mois avant l’épidémie. « Je ne peux pas vous dire pourquoi la ministre a imposé le vaccin contre l’hépatite B. Il est trop tôt pour avoir une réponse quant à son utilité pour les jeunes », a-t-elle répondu à une dame qui a dénoncé « une contradiction complète ». « Vous ne trouvez pas de parents de bébé volontaires pour évaluer les risques », a ajouté la pharmacienne. "